« Centre III est l’aboutissement de cinq années de travail entre les musiciens du Collectif Roulotte Tango et Thomas Collet. Une recherche étalée dans le temps qui a débuté en 2009. Ce travail a confirmé que la musique est omniprésente. Pour la travailler scéniquement il faudra alors partir du musicien. On peut rendre la musique différente en théâtralisant l’orchestre. Le musicien n’est pas un comédien mais il sait très bien s’exprimer avec son instrument. Le musicien comme le comédien jouent. Les autres arts auraient alors leur place. Partant de ces principes l’écriture pouvait commencer. La scénographie servant de bornes et d’écrin. Ce spectacle a été construit comme il aurait été peint, en faisant et défaisant les choses. Parfois en silence, parfois avec fracas. Sa partition, menée par les musiciens, le peintre et la danseuse offre un monde de solitude bien habité. L’explosion finale doit aboutir à une renaissance…mais laquelle? »

Ana a peur car Ana n’a pas été gâtée par la vie. Ana va vivre une nuit égale à son histoire. Tous ses souvenirs, tous ses démons et ses fantômes vont lui rendre visite. Elle va les subir, perdre le contrôle et agir. Ana matérialise son intérieur et l’écoute. Elle nage dans la musique et les visions. Ana se mesure à la taille de ses sentiments. Ils vont l’écraser de leur gigantisme puis vaciller sur leurs bases fragiles. Ana ne se laissera pas faire. »

 

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COULEUR TANGO

Thomas Collet vient de présenter une « performance », dans le cadre d’un festival d’« arts mêlés », à l’Horme, dans la Loire. Heureux ses habitants qui ont vu là un très beau spectacle, dont on devrait rapidement reparler en d’autres lieux.
Il a choisi comme thème le Tango argentin, qui a bien tout du métissage de plusieurs cultures et de sentiments contradictoires dont l’art fait synthèse : violence et tendresse, amour et haine. 

Le tango, c’est en quelque sorte une tristesse qui danse. Il y a peut-être une histoire que l’on raconte (celle d’Ana), mais ce qui importe c’est la mise en synergie du chant, de l’expression corporelle, de la danse, de la peinture, des lumières, de la video, tous accordés à une même couleur: la couleur Tango, couleur de l’âme.
De quelle couleur est-elle ? Couleur passion, désir, sexe, mort, au rythme du bandonéon. Une histoire sans texte ou presque, si l’on ne comprend pas les mots des chants, dont on ne peut pas ignorer la langue universelle, décodée par les « arts mêlés». Toute temporalité abolie, pour une immédiateté complexe qui dure, et qui nous enchante. 

Les références cinématographiques nous ont paru multiples : cinéma muet, couleurs des films d’Almodovar et en finale, peut-être le graphisme d’un Picasso en live sous l’œil de Clouzot, sortant de la toile (laquelle ?celle du peintre ou du metteur en scène).
Fantasmes de spectateur ? Mais les grands Argentins nous ont appris la liberté dont ils partagent avec les Espagnols les fantômes : Borgès, Copi, Alfredo Arias…
La performance, en correspondance des Arts, en fonction synesthésie, (voir à ce sujet la pièce de Peter Brook, inspirée de Sacks, le neurologue) : un huitième art dangereux s’il n’est pas maîtrisé; à connaitre absolument s’il est comme ici traité avec bonheur et professionalisme.
A voir absolument.


-Hugues Rousset-

Médias

Des extraits, des bonus et même le spectacle en entier!